mardi 16 mai 2017

Presse : Nilvange : « Une vie de saltimbanque »

Serge Drouard, alias Sergio, compte cinquante-deux ans de carrière dans le cirque et le music-hall. Il a été le Monsieur Loyal des plus grands cirques, de Bouglione à Jean Richard, en passant par Monte-Carlo. Il se confie.


À 66 ans, Sergio n’a rien perdu de sa gouaille et de son charisme légendaire. Un personnage à part et hors du temps. Photo Philippe NEU
Qu’est-ce qui vous a poussé à faire du cirque et à ne plus quitter cet univers ?
Sergio : « Depuis tout gosse, je voulais faire ça. Mes parents n’étaient pas contre une vie d’artiste, mais pour le cirque ils tiraient la gueule. Alors j’ai fait l’école du spectacle dès 11 ans, puis le conservatoire d’art dramatique et la Comédie française. Mais je n’ai pas lâché l’idée et l’envie du cirque et, à 16 ans (en parallèle du reste), j’ai été embauché au Cirque d’hiver. Vous savez, il y a trois disciplines dans l’art dans lesquelles on ne peut pas tricher : l’art lyrique, la danse classique et le cirque. Et puis cette vie de saltimbanque me plaisait énormément. Enfin, au cirque, il y a une fraternité, une camaraderie qu’il n’y a pas au théâtre. Il n’y a pas de vedettes dans la famille du cirque, la jalousie n’existe pas. »
Quels sont vos plus beaux souvenirs sur la piste ?
« Oh il y en a tellement ! Quand je suis parti au Japon et en Australie avec le cirque Barnum, quand je présentais les revues du Paradis latin aussi c’était quelque chose (même si ce n’était pas du cirque mais du music-hall, j’ai fait les deux). Mais si je devais en retenir un, c’est la remise du Clown d’or, la plus haute distinction que l’on peut recevoir au cirque, par le prince Rainier de Monaco. »
Les moyens de divertissement pour les enfants ne cessent de se moderniser, de se multiplier. Comment le cirque garde sa place au milieu de tout ça ?
« Le cirque est, en France, le deuxième spectacle en termes de fréquentation derrière le cinéma. Neuf millions de personnes vont au cirque chaque année. J’ai encore vu récemment des jeunes de 17 ou 18 ans se rendre sous un chapiteau pour la première fois. Ils ressortent émerveillés et me disent : "Mais on ne s’imaginait pas que c’était ça !" Les performances, la magie, toute cette beauté, c’est indémodable. Attention, je parle des grands spectacles, comme Bouglione ou Arlette Gruss. »
Quel regard portez-vous sur l’évolution du cirque ces dernières années ?
« Avec la technologie, on arrive désormais à faire des choses incroyables, au niveau des éclairages, de la mise en scène. C’est encore plus grandiose. Et il y a une nouvelle génération très créative qui pointe le bout de son nez. Je parle encore des grandes maisons, pas des soi-disant cirques modernes composés d’artistes aux jeans lacérés, avec les cheveux mal lavés, les intello-gélatineux subventionnés par le ministère de la Culture. »
De plus en plus d’associations engagées dans la lutte contre la maltraitance animale pointent du doigt les cirques. Qu’en pensez-vous ?
« Ce sont des "c…". Il s’agit d’un sujet qu’ils ne maîtrisent pas. Qu’ils prennent huit jours de congés pour accompagner un cirque, et ils verront comment les animaux sont traités. Je ne dis pas qu’il n’existe pas de cas isolés, mais nous, gens du cirque, on n’a pas attendu ces associations pour les dénoncer. »
Que vous inspire l’initiative de Vincent Ormasti, qui vient d’ouvrir ce musée du cirque à Nilvange, dont vous êtes le parrain ?
« Cela m’inspire du respect et de l’admiration. Il fallait avoir du culot pour faire ça ici ! Et il l’a bien fait. J’espère que les gens viendront, prendront le temps de bien tout regarder. C’est le résultat d’un boulot énorme. »
Source : le républicain Lorrain