Principaux Evénements à venir !

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Principaux Evénements à venir ! (liste non exhaustive)

samedi 13 mai 2017

Décès du fils adoptif de Jeannette Mac-Donald

Le fils adoptif de Jeannette Mac-Donald, est décédé.
Il a vécu toute sa vie dans la discrétion d'un homme juste et bon.
Lors de ses obsèques, où assistait François Rozès, Président du Club du Cirque Midi-Pyrénées, j'ai lu le texte que vous trouverez ci-dessous. JF



Adieu, Jean-Claude
C’est le départ discret d’un homme bon, juste et droit, et l’histoire d’un destin à la Charlie Chaplin que je voudrais saluer ici.
Jean-Claude est né le 20 octobre 1943 à Constantine. Sa famille a été massacrée lors des évènements de Sétif. On peut rêver mieux pour démarrer dans la vie.
Mais la route du prestigieux cirque Amar en tournée en Algérie, rencontrera la sienne, et en changera la destination.
A l’orphelinat de Constantine, une jeune et belle femme, dompteuse de fauves, Jeannette Mac-Donald, sera émue par le sort de ce garçon, qui répond alors au prénom de Smati, et l’adoptera, sans formalisme ni papier timbré, mais avec son coeur. Shérif Amar, le directeur du cirque et le compagnon de Jeannette prendra aussi sous son aile ce naufragé de l’histoire.
Toute sa vie, Jean-Claude dira de Shérif : “c’était mon père” et de Jeannette :“c’était ma mère”. Il suivra le cirque, se formera aux différentes disciplines, le domptage, l’équilibre, l’équitation... Le cirque est une école qui ne triche pas et ne supporte pas la tiédeur. Le cirque prend corps et âme, et jusqu’aux tripes.
Des tripes, du courage, Jean-Claude n’en a jamais manqué. Engagé dans l’armée Française durant la guerre d’Algérie, il combattra pour ce pays qui lui a souri, sera fait prisonnier puis réussira à s’évader, caché dans les cales d’un bateau.
De retour en France en 1963, le harki retrouvera la piste des cirques, au Maroc espagnol ou en Allemagne, et surtout celle à qui il doit tout : Jeannette Mac-Donald.
Cette dernière est devenue une vedette, mais hélas, en 1967, au cours d’une tournée, à Alger, c’est le drame : un incendie ravage le cirque et ruine la carrière de l’artiste.
Elle est rapatriée en France, et elle viendra échouer dans la forêt de Buzet-sur-Tarn, en avril 1973.
C’est là que j’ai connu Smati-Jean-Claude.
Les conditions de vie était spartiates, pas d’eau, pas d’électricité, aucune commodité dans ce petit zoo.
Malgré tout, avec ténacité et volonté, et surtout avec beaucoup de travail, Jeannette et Smati ne s’avouent pas vaincus, et perpétuent la tradition chevillée au corps du métier, la mission des enfants de la balle, entre les audaces affichées et les sanglots rentrés.
Mon cher Jean-Claude, je me souviens de la mobylette à laquelle tu avais attaché une petite remorque. Tu allais aux abattoirs chercher la viande pour les lions, ou bien tu amenais le fumier des fauves dans le jardin de mon père.
Je me souviens que tu avais installé, grâce à une batterie, une télévision dans la caravane. Tu m’avais un jour invité à voir un film, pendant que Jeannette faisait cuire des pâtes, entre un perroquet, un petit singe et un porc-épic...
Je me souviens de cette anecdote que tu aimais raconter : un jour, par jeu, Shérif t’avait enfermé dans une cage, avec une hyène...
Tu t’es marié avec Christine le 19 mars 1977, et Jeannette, ta mère, était heureuse que tu aies pu fonder ce foyer, que Maria est venue rejoindre, en 1990.
Mon cher Jean-Claude, si ensuite nous nous sommes perdus de vue, sache que je ne t’ai jamais oublié.
Aujourd’hui, après des années de lutte encore contre la maladie, je m’aperçois que je t’aimais comme un homme bon, un de ceux dont l’on peut dire que c’est lorqu’ils s’absentent qu’on s’aperçoit qu’ils existaient.

Joël Fauré